Buenos Aires:
Mercredi 17 janvier 2002
PETIT RÉSUMÉ DE LA VIE QUOTIDIENNE PORTEÑA


Bienvenue au pays du dollar levant.
A notre retour d'IndonŽsie, j'ai tentŽ de rŽsumer, provisoirement....

 


L'image du jour. Ca s'impose: la chasse aux billets verts est ouverte, et c'est pas de la tarte... Je vous avoue que c'est pas mon sport favori. je préfère encore faire du vélo en attendant la prochaine révolution.

 

> Hier
> Demain
> Vos questions
> Menu principal

LIENS EN ESPAGNOL:
>El Clarin
(principal quotidien Argentin)
>Página 12
(Le journal d'opinion)

LIENS EN FRANCAIS:
>Le Monde
(Un bon résumé de la situation argentine paru le 12 Déc dans ce quotidien)

>Attac
(Sur le site d'Attac un excellent article qui confirme bien que la dette Argentine est profondément injuste et que le FMI sont de salauds...)

 

 

L'autre pays du cacerolazo: le Vénézuela du Comandant Chavez. Plus que jamais le parallèle entre Argentine et Vénézuela est riche d'enseignements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Vous ne rêvez pas en lisant ce sous-titre: aujourd'hui je recopie. Plutot que de vous suggérer d'imaginer l'avenir du peuple argentin je préfère laisser la parole à Daniel Mermet qui dans sa célèbre émission "Là-bas si j'y suis" racontait sur France Inter en 1998 une histoire malheureusement trop proche de la réalité argentine... Que nous reserve le proche avenir à Buenos Aires? Vas y raconte Daniel:

Sur le carrelage d'une morgue de Djakarta, des dizaines de sacs-poubelle noirs. La puanteur, les cris dŽchirants. Dans les sacs, difficiles ˆ identifier, les restes carbonisŽs des centaines de victimes des Žmeutes de la semaine. En sandwich entre l'Žcran de pub, la mŽtŽo, le soleil sur la Croisette, la voix de Sinatra et la composition de l'Žquipe de France, ces sacs-poubelle contiennent les dŽpouilles des derniers morts de la guerre Žconomique. La folie nŽolibŽrale conduit ˆ cette guerre qui risque de s'Žtendre, au Timor d'abord puis ˆ toute l'Asie du Sud-Est. Ces sacs-poubelle contiennent les nouvelles victimes de la World Company. Toute guerre a un caractre Žconomique. Mais cette fois, pas d'alibi. C'est pas pour le drapeau, pour la cause, pour le sol ou le sang. Pas de chichi. En IndonŽsie, on meurt pour des actionnaires, on meurt pour des marchands d'argent. En IndonŽsie, on meurt pour un radio cassette, un rŽcepteur tŽlŽ ou une paire de Nike. Toutes les tŽlŽs du monde ont montrŽ ces hordes de pauvres venus des bidonvilles et des banlieues perdues, cassant et pillant magasins rutilants et discothques et s'emparant d'objets que certains d'entre eux fabriquent pour un dollar par jour et qu'ils sont incapables de s'offrir. Il faut cinq mois de salaire ˆ une ouvrire pour se payer une des paires de baskets qu'elle fabrique toute la journŽe. Plus prŽcisŽment, qu'elle fabriquait puisque les entreprises ferment par dizaines et licencient massivement. ƒvidemment sans aucune indemnitŽ. Pas la moindre couverture sociale. La perte d'un emploi c'est un rejet immŽdiat ˆ la rue ou un retour difficile ˆ la campagne, dans la famille d'origine. (Avant ces rŽcents ŽvŽnements, M. Pasaribu, prŽsident du syndicat indonŽsien FSPSI Žvaluait ˆ quarante millions le nombre des ch™meurs en IndonŽsie soit 44 % des actifs. Le nombre de personnes vivant au dessous du seuil de pauvretŽ serait, selon la Banque mondiale, passŽ ˆ dix millions.)

tyrannie des actionnaires
Ces pillages ont eu lieu sous les regards de l'armŽe qui n'est pas intervenue. Une sorte de redistribution primitive et sauvage des richesses. Et qui aurait tout ˆ fait pu tre encouragŽe par le pouvoir, expert en manipulations et provocations de toutes sortes au cours de plus de trente-deux annŽes de rgne, de poigne de fer et de police secrte. Ë la suite des prŽcŽdents pogroms contre la minoritŽ des Ç Chinois È, les enqutes de journalistes indŽpendants ont clairement montrŽ que ces Žmeutes anti Chinois Žtaient provoquŽes par des commandos de militaires en civil. Le pouvoir a toujours su dŽtourner la colre populaire sur les Chinois. Partout et toujours les dŽmagogues utilisent ces vieilles ficelles. On dŽtourne de l'enjeu politique, on discrŽdite les revendications qu'on amalgame ˆ ces pillages (chez nous, c'est le coup des Ç casseurs È) et l'on a un prŽtexte tout trouvŽ pour renforcer la rŽpression au nom de la Ç sŽcuritŽ È. Mais en IndonŽsie on crve aussi pour des spŽculateurs. Et on le sait. La guerre Žconomique c'est la guerre des riches contre les pauvres. Cette fois, panique dans les quartiers chics, les pauvres s'en sont pris aux beaux quartiers. Depuis quelque temps dŽjˆ, les riches avaient cachŽ leurs belles voitures dans les garages. La vente de 4 x 4 de style plus familial avait trs sensiblement augmentŽ. Le lundi 11 mai, parmi les produits de base, c'est l'augmentation de l'ŽlectricitŽ et de l'essence (une hausse de 70% ! ) qui a ŽtŽ le dŽtonateur. Les succursales de la Bank Central Asia, entre autres, ont ŽtŽ pillŽes puis incendiŽes lors des Žmeutes du jeudi 14 mai. Cette banque est contr™lŽe par Liem Sioe Liong, alias Salim Sudona,: milliardaire, intime du prŽsident Suharto. La revue amŽricaine Fortune le fait figurer dans la liste des cinquante personnes les plus riches du monde. Non loin du prŽsident Suharto lui même dont la fortune personnelle est estimŽe selon Forbes ˆ seize milliards de dollars. Pas Žgo•ste et bon pre de famille, le roi de I'IndonŽsie et ses six enfants totalisent une petite cagnotte de quelque quarante milliards de dollars, soit l'Žquivalent du montant de l'aide que le FMI pourrait consentir- sous certaine rŽserves - pour (peut-tre ?) remettre la machine en route.
1. Est-il trop dŽplacŽ de rappeler que les fonds du FMI sont constituŽs par les Etats membres et donc par nos imp™ts. Et que par consŽquent la crise indonŽsie sienne serait un genre de CrŽdit Lyonnais planŽtaire. Non?

I'argent par les fentres
Avec sa moto et son portable mon ami Piete court sur tous les fronts, jour et nuit. Un des meilleurs journalistes de Djakarta. Pour un article mettant en cause la famille du prŽsident, il y a quelques annŽes, il fut condamnŽ ˆ trente mois de prison ferme pour subversion. Il me raconte cette scne: jeudi 14 mai dans l'ouest de la ville, les employŽs de la banque Bali lanaient des liasses de billets de 10 000, 20 000 et 50 000 roupies ˆ des manifestants pour les dissuader de prendre la banque d'assaut! Scne emblŽmatique de cette guerre Žconomique. L'argent est littŽralement jetŽ par les fentres. De mme que jadis, du haut des murailles, on jetait de l'huile bouillante, ici, l'argent arrte l'assaillant. Et pendant ce temps-lˆ, sur l'autoroute juste derrire en direction de l'aŽroport, les riches et les Žtrangers s'enfuient. Dans la nuit, les personnels du Fonds monŽtaire international, dont le plan d'austŽritŽ imposŽ au pays a provoquŽ la colre de la population, sont ŽvacuŽs ˆ bord d'un avion spŽcialement affrŽtŽ. Les grandes sociŽtŽs amŽricaines ou japonaises organisent l'Žvacuation de leurs employŽs. Exode et panique aussi pour les collaborateurs de Alsthom, Total, Lyonnaise des Eaux, Nike. f es privilŽgiŽs du rŽgime, quant ˆ eux, se sont enfuis par l'aŽroport militaire de Halim, dans l'est de Djakarta ˆ bord de leurs ~jets privŽs. En fuite aussi les Ç Chinois È - en fait, des IndonŽsiens d'origine chinoise. Cette communautŽ reprŽsente 5 % des 210 millions d'indonŽsiens, mais elle contr™le 80 % de l'Žconomie. crucifiez saharto Ç Pendez Suharto ! Crucihez Suharto ! È Finalement, la colre l'a emportŽ sur la peur. Un peuple ŽcrasŽ, b‰illonnŽ par trente-deux annŽes d'ordre nouveau. Nutocratie, nŽpotisme, kleptocratie' on veut en finir avec la dictature nŽe dans le sang des massacrŽs de 1965. AppuyŽ par la CIA, celui qui Žtait alors le gŽnŽral Suharto a mis progressivement ˆ l'Žcart le prŽsident Sukarno' le pre de l'indŽpendance, tout en orchestrant la rŽpression contre les communistes accusŽs de tentatives de coup d'ƒtat. Entre 500 000 et un million d'indonŽsiens sont morts dans ces massacres fŽroces. Des dizaines de milliers furent internŽs et dŽportŽs. Notamment sur l'”le de Buru, le goulag, indonŽsien. Aujourd'hui, Žtudiants et intellectuels - mais pas seulement - veulent juger Suharto et sa famille pour vol, corruption, violation des droits de l'homme. Sans mme parler des victimes au Timor et en Irian Jaya. Mais d'abord, les IndonŽsiens rŽclament sa dŽmission. Partira, partira pas ? Et s'il partait quelle alternative ? Les rŽponses sont confuses et multiples. On spŽcule sur le r™le de, l'armŽe. Des figures de l'opposition se dessinent. La traduction politique de la rŽvolte est en cours et nul ne sait quelle figure elle prendra. En attendant c'est haro sur Suharto. Ce rejet est rŽcent. Il a grandi avec la Ç kris. mon. È, la crise monŽtaire qui a ŽclatŽ au cours de l'annŽe 1997, ˆ la suite d'une chute de la monnaie tha•landaise, et qui a entra”nŽ le retrait massif des capitaux dans la rŽgion jugŽe soudain trop risquŽe. La grande illusion indonŽsienne s'est brusquement ŽcroulŽe. Derrire la faade mirobolante on dŽcouvre qu'il n'y avait jamais rien eu. Jusque-lˆ, l'opposition au tyran Žtait limitŽe. Ë l'intŽrieur du pays comme ˆ l'extŽrieur. Pour le reste du monde le, gŽnŽral-prŽsident Žtait reu avec tapis rouge. Au pire, on le voyait comme un despote ŽclairŽ. En fait, la fameuse croissance, une croissance ˆ deux chiffres, faisait taire toute critique. L'IndonŽsie Žtait ˆ l'intŽrieur du miracle asiatique le partenaire rvŽ, un modle pour le monde, indŽpassable horizon. Les grandes multinationales, y compris les plus grands groupes franais, ont acceptŽ les Ç conditions de la maison, 20 % È. En clair, c'est la commission exigŽe par le prŽsident et les siens, assortie de prises de participations dans les entreprises. Ces choses-lˆ demandent, de la discrŽtion et un pouvoir fort. De la Ç sŽcuritŽ È pour gagner la confiance. Suharto, c'Žtait tout cela. Dictature et capitalisme ont toujours fait bon mŽnage. Soutenu par la plupart des ƒtats, encensŽ par toute la presse libŽrale jusqu'ˆ ces derniers mois, toute critique Žtait broutille ou aigreur Ç droit-de-l'hommiste È des donneurs de leon, face ˆ ce vŽritable lendemain chantant du libŽralisme. En fait, voilˆ la preuve par la tragŽdie que I'augmentation de la croissance ne signifie nullement que la souffrance des hommes diminue, que la pauvretŽ recule, que les conditions de vie s'amŽliorent, que les droits humains et la dŽmocratie progressent. Ces prodigieux enrichissements Sont confisquŽs par quelques-uns qui parviennent ˆ faire croire que tout cela est naturel, que rien n'y peut changer, que les faillites tragiques de tout autre systme rŽcemment dans ce sicle discrŽditent ˆ jamais toute contestation, toute rŽflexion, toute autre utopie. Utopie. Tandis que les papis de 68 se repassent leur vieux film, les Žtudiants se battent ˆ Djakarta et t‰chent de faire la liaison avec les ouvriers des usines. Mai 68, cette annŽe, se passe ˆ Djakarta. On finit par oser poser une question toute simple. Pourquoi refuser toute redistribution ? Pourquoi une exploitation aussi destructrice au niveau des ressources et au niveau de la main-d'Ïuvre ? Les ouvrires des ateliers fournissant Nike gagnent moins d'un dollar par jour. 4,50 francs et un verre de lait. On demande au personnel d'accepter les rŽductions de salaire pour limiter les licenciements. En 1994, sous la pression de 1'opinion, le gouvernement avait fixŽ ˆ deux dollars par jour le salaire minimum dans ces entreprises. L'entreprise fournissant Nike n'a pas appliquŽ cette mesure. Une grande confŽdŽration de syndicats amŽricains, aprs une Žtude, a fourni un rapport sur ce refus d'augmentation. Nike consacre chaque annŽe un budget de 1 milliard de dollars ˆ la communication. L'augmentation aurait cožtŽ 160 millions de dollars. Alors pourquoi ce refus ? Parce qu'il faut maintenir la compŽtitivitŽ. C'est ˆ-dire maintenir la main-d'Ïuvre dans un Žtat de pauvretŽ et de sujŽtion qui la rende docile, flexible, soumise. L'idŽologie, I'utopie libŽrale est tout entire dans cette politique lˆ. C'est aussi clair et Žnorme que ça. Les choses nous apparaissent chez nous beaucoup moins crues, mieux enveloppŽes. Mais le fond idŽologique est le mme. Derrire nos Žcrans, entre la pub et la mŽtŽo, les sacs-poubelle noirs de la morgue de Djakarta nous demandent ce qui nous oblige ˆ vivre dans le monde o nous vivons...

29 mai 1998

Un fuerte abrazo a todos. Feliz año nuevo. Mañana les conto como sigue.
(on vous embrasse tous. Bonne année et demain je vous raconte la suite).

     

 


  haut de page
<> une question <> Un commentaire <> Nous contacter <>